Méthode

Automatiser, est-ce supprimer des emplois ?

La question que pose tout dirigeant avant de se lancer, et la réponse honnête : ce qui disparaît vraiment, ce qui ne disparaît pas, et comment l'annoncer.

La question arrive presque toujours, et rarement en premier. Elle est posée à voix basse, en fin de rendez-vous, souvent par un dirigeant qui connaît ses salariés depuis quinze ans et n'a aucune envie de leur annoncer quoi que ce soit.

La réponse honnête tient en une observation : dans une PME de 20 à 150 personnes, les tâches répétitives ne remplissent pas un poste. Elles rognent une heure ici, une demi-journée là, sur des gens qui ont déjà trop à faire.

Ce qui disparaît réellement

Aucune de ces tâches ne figure dans une fiche de poste. Aucune n'a été choisie par celui qui la fait.

Ce qui ne disparaît pas

Tout ce qui demande de juger. Décider si un écart de prix est acceptable, appeler un fournisseur en retard, comprendre pourquoi une affaire dérape, arbitrer une priorité entre deux clients pressés. L'automatisation prépare la décision, elle ne la prend pas, et nous ne construisons jamais un dispositif qui décide seul sur un sujet qui engage l'entreprise.

Comment l'annoncer, parce que c'est là que ça se joue

Une automatisation annoncée comme un gain de productivité est reçue comme une menace, et les équipes qui alimentent la donnée la saboteront passivement, ce qui suffit à faire échouer le projet.

Annoncez ce qui est vrai : la personne qui recopie des factures depuis trois ans va arrêter de recopier des factures. Et rendez le résultat visible à ceux qui le produisent. Un atelier qui voit ses propres écarts d'heures affichés joue le jeu du pointage. Un atelier à qui on demande de pointer sans jamais rien montrer en retour finit par pointer n'importe comment.

Un projet d'automatisation échoue rarement pour des raisons techniques. Il échoue parce que ceux qui alimentent la donnée n'ont aucune raison de bien le faire.